Suite du tour d’horizon…sur les stéréotypies chez le cheval

tic (4)
® Alain Laurioux Ifce

Article2/5

Quelles sont les facteurs favorisant les stéréotypies?

Les stéréotypies ne sont visibles que chez les animaux en captivité quelle que soit l’espèce, les stéréotypies orales étant assez fréquentes chez les ongulés captifs (comme les girafes qui lèchent les objets). Les stéréotypies sont considérées comme un indicateur de mal-être présent ou passé. Chez le cheval elles sont associées à la vie en box. L’alimentation, l’espace, l’environnement social et les restrictions associées seraient les facteurs qui, seuls ou combinés, contribuent à leur développement (1). Ainsi, le cheval de Przewalski détenu en captivité dans un espace restreint a développé le tic a l’appui, s’est mis a manger le bois et à ingérer du fumier (2,3).

Parmi les facteurs de risques qui ressortent le plus souvent figurent l’isolement social et une alimentation à base de concentrés et peu de fibres.

L’environnement social

Plusieurs enquêtes rapportent que les chevaux détenus en groupe présentent moins de stéréotypies que ceux hébergés en boxe individuel (4) (5). Toutefois, pour les chevaux logés en box, la possibilité d’un contact visuel et tactile avec les chevaux voisins, par la grille de séparation des boxes est associée a une diminution du tic de l’ours, par rapport aux chevaux logés dans une écurie traditionnelle avec des cloisons pleines (6).

Un autre exemple est apporté pour des juments reproductrices détenues en conditions restreintes (en boxes sans accès à l’extérieur pendant 1 à 3 semaines). La présence d’un poulain a réduit l’expression des stéréotypies : 45% des mères sans poulain ont présenté des stéréotypies, essentiellement le tic de l’ours, et le tic déambulatoire pendant 5 à 38% de leur budget temps, contre 11% des mères avec poulain (7).

Une autre étude a montré qu’il était possible d’induire des stéréotypies en limitant les liens sociaux. Dans cette étude, 36 jeunes chevaux avaient été rentrés pour la première fois, soit seuls dans un box de 10,5 m2 soit à deux dans un box de 48 m2. Ils étaient logés sur paille, recevaient 13 à 17 kg de foin par jour et pouvaient voir les autres chevaux. Au bout de 12 semaines, 67 % des chevaux hébergés seuls avaient développé une stéréotypie (tic à l’appui, tic déambulatoire ou tic de l’ours ) contre 0 % dans le lot à 2. Ce qui est intéressant, c’est que les stéréotypies ont disparu quand les chevaux ont à nouveau pu établir des liens sociaux (8).

L’alimentation

C’est de loin le facteur qui a été le plus étudié.

Une faible quantité de fourrage associée à une ration riche en concentrés est un facteur de risque d’apparition de stéréotypies. Ainsi une enquête menée sur 3000 pur-sang de 2 et 3 ans, a montré que la quantité minimale de foin à partir de laquelle ce risque était significatif était de 6,8 kg (4). Le fait de ne pas pouvoir manger la litière de paille augmente l’incidence des stéréotypies, ce qui peut être le cas des chevaux sur copeaux (4).

Le tic à l’appui est observé à différentes périodes de la journée et pourrait avoir ainsi différentes causes : soit au moment des repas de concentrés, soit plusieurs heures après le repas, pendant la digestion (1) (9).

Le tic de l’ours surviendrait quant à lui plutôt avant le repas, lors des moments de forte stimulation, et moins lors des moments tranquilles de la journée (10).

Le tic à l’appui interviendrait en réponse à la frustration produite par la consommation d’ aliments concentrés, quand elle est associée à une restriction de fourrage. Des chercheurs ont ainsi montré qu’il était possible d’augmenter le tic à l’appui en offrant aux chevaux des concentrés pauvres en fibres : après distribution d’un petit repas composé de concentré riche en protéines ou en sucres la fréquence du tic à l’appui a été multipliée par 15, et légèrement augmentée avec des bouchons de luzerne plus riches en fibres (11).

Il est également possible d’augmenter la fréquence des comportements répétitifs anormaux, comme manger le bois, manger la litière, saisir avec les dents, en augmentant progressivement la proportion de concentrés de la ration par rapport au fourrage, sur 4 semaines, en passant d’une ration de 8 kg de foin, à une ration de 2 kg de foin plus 6 kg de concentrés (12).

Enfin, des chercheurs ont tenté de réduire la fréquence des stéréotypies en fractionnant les repas de concentrés, initialement distribués matin et soir, en 4 puis 6 repas (13). Le résultat n’a pas été satisfaisant; en effet, si la fréquence des stéréotypies orales (mâcher, rouler la langue) a diminué, celle des stéréotypies motrices (tic de l’ours, tic déambulatoire) a augmenté avant les repas, avec au final une augmentation globale des stéréotypies.

– Le manque d’espace et/ou d’exercice en liberté

Ces facteurs sont cités mais n’apparaissent pas majoritairement impliqués. Une étude menée sur 1750 chevaux de sport a détecté des stéréotypies chez 32,5 % des chevaux de dressage, 30,8 % des chevaux de complet et 19,5 % des chevaux d’endurance. Chez les chevaux de complet et de dressage les risques augmentent avec le temps passé à l’écurie (14).

Toutefois ces conditions d’environnement sub-optimales peuvent avoir été subies bien antérieurement. Ainsi, le sevrage est une période à risque…

Des auteurs ont suivi pendant quatre ans différentes pratiques de sevrage. Les facteurs, environnement social et type d’alimentation au moment et dans les semaines suivant le sevrage, sont des causes de risques majeurs. Les différentes stéréotypies observées (tic a l’appui, tic de l’ours, tic ambulatoire et mâchouiller du bois) sont apparues entre les ages de 20 et 64 semaines (15).

Le sevrage pratiqué en box ainsi que l’hébergement en box après sevrage, sont associés à plus de comportements anormaux que le sevrage en enclos et en groupe. De plus, une alimentation post-sevrage avec des aliments concentrés quadruple le risque de développement du tic a l’appui. Enfin, le comportement de la mère à l’égard du poulain avant le sevrage, les facteurs associés au lien entre la mère et son poulain, les effets de la séparation au sevrage seraient tous susceptibles d’avoir une influence sur les comportements anormaux. Le sevrage naturel et donc progressif diminuerait les risques (16).

Les stéréotypies peuvent-elles être reproduites par exposition à un cheval voisin?

Bien que cette idée circule dans le monde du cheval, il n’y a aucune preuve scientifique qu’un cheval puisse «copier» un voisin qui exprime une stéréotypie.

Une étude sur 287 chevaux a conclu que le risque pouvait être augmenté, mais dans cette étude le comportement potentiellement induit n’était pas le même que celui du cheval initiateur (le tic de l’ours aurait induit le tic à l’appui (17). Au contraire une enquête portant sur 1467 chevaux a conclu que seulement 1 % des chevaux atteints de stéréotypie auraient pu l’apprendre d’un autre (18).

Suite dans le prochain article … nous aborderons les mécanismes qui sont proposés dans le déclenchement des stéréotypies.

Références bibliographiques

1. Cooper J. et McGreevy P. 2002. Stereotypic behaviour in the stabled horse: causes, effects and prevention without compromising horse welfare. In: The Welfare of Horses (Waran N. ed.).

2. Boyd L. 1986. Behavior problems of equids in zoos. In: Behavior, The Veterinary Clinics of North America: Equine Practice (Crowell-Davis S.L., & Houpt K.A., eds.). W.B. Saunders, Philadelphia, pp. 653–664.

3. Boyd L. 1991. The behavior of Przewalski’s horses and its importance to their management. Applied Animal Behaviour Science 29, 301-318.

4. McGreevy P.D., Cripps P.J., French N.P., Green L.E., Nicol J. 1995. Management factors associated with stereotypic and redirected behaviour in the Thoroughbred horse. Equine Veterinary Journal 27, 86-91.

5. Cooper J.J. et Mason G.J. 1998. The identification of abnormal behaviour and behavioural problems in stabled horses and their relationship to horse welfare: a comparative review. Equine Veterinary Journal Supplement 27,5-9.

6. Cooper J.J., McDonald L., Mills D.S. 2000. The effect of increasing visual horizons on stereotypic weaving: implications for the social housing of stabled horses. Applied Animal Behaviour Science 69, 67-83.

7. Benhajali H., Richard-Yris M.A., Ezzaouia M., Charfi F., , Hausberger M. 2010. Reproductive status and stereotypies in breeding mares: A brief report. Applied Animal Beahviour Science 128, 64-68.

8.Visser E.K., Ellis A.D., Van Reenen C.G. 2008. The effect of two different housing conditions on the welfare of young horses stabled for the first time. Applied Animal Behaviour Science 114, 521533.

9. Clegg H.A., Buckley P., Friend M.A., McGreevy P.D. 2008. The ethological and physiological characteristics of cribbing and weaving horses. Applied Animal Behaviour Science 109, 68-76.

10. Henderson J.V. et Waran N.K. 2001. Reducing equine stereotypies using an EquiballTM. Animal Welfare 10, 73-80.

11. Gillham S.B., Dodman N.H., Shuster L. 1994. The effect of diet on cribbing behaviour and plasma beta-endorphin in horses. Applied Animal Behaviour Science 1994, 41 (3-4), 147-153.

12. Johnson K.G., Tyrrell J., Rowe J.B. 1998. Behavioural changes in stabled horses given nontherapeutic levels of virginiamycin. Equine Veterinary Journal 30 (2), 139-143.

13. Coopera J.J., Mcalla N., Johnsona S., Davidson H.P.B 2005. The short-term effects of increasing meal frequency on stereotypic behaviour of stabled horses. Applied Animal Behaviour Science 90, 351–364.

14. McGreevy P.D., French N.P., Nicol C.J., 1995. The prevalence of abnormal behaviours in dressage, eventing and endurance horses in relation to stabling. Veterinary Record 137, 36-37.

15. Waters A.J., Nicol C.J., French N.P. 2002. Factors influencing the development of stereotypic and redirected behaviours in young horses: findings of a four year prospective epidemiological study. Equine Veterinary Journal 34, 572-579.

16. Parker M., Goodwin D., Redhead E.S. 2008. Survey of breeders’ management of horses in Europe, North America and Australia: Comparison of factors associated with the development of abnormal behaviour. Applied Animal Behaviour Science 114, 206–215.

17. Nagy K., Schrott A., Kabai P. 2008. Possible influence of neighbours on stereotypic behaviour in horses. Applied Animal Behaviour Science111 (3-4),321-328.

18. Albright J. D., Mohammed H. O., Heleski C. R. 2009. Crib-bitting in US horses : breed predispositions and owner perceptions of aetiology. Equine Veterinary Journal 41 (5), 455-458.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s